5 bonnes raisons de lire des auteurs indépendants

L’accès à l’auto édition n’a jamais été aussi facile qu’aujourd’hui : je veux dire par là, qu’il est à présent possible de s’auto éditer sans s’endetter. Le support numérique est là pour ça. Beaucoup d’auteurs se sont donc lancés dans cette aventure et on trouve un nombre impressionnant d’ouvrages sur le marché. C’est une manne pour les gens qui comme moi, sont des boulimiques de lecture. Je trouve au moins cinq bonnes raisons de lire ces illustres inconnus.

  • La toute première est d’ordre financier. Contrairement aux maisons d’éditions qui vous vendent les livres numériques à un prix proche des livres sur papier (une aberration !), la plupart des auteurs indépendants proposent leur travail à un prix défiant toute concurrence… et parfois même gratuitement, juste pour le plaisir d’être lu (et avec l’espoir de se faire connaître). Lire sans se ruiner, quand on n’a pas forcément accès à une bibliothèque (je vis en rase campagne) est un choix qu’on ne refuse pas.
  • La deuxième raison est le plaisir de découvrir de nouveaux talents. Il y a quelques pépites parmi tous les titres qu’on peut se procurer pour trois fois rien pour peu qu’on possède une liseuse électronique. J’éprouve vraiment du bonheur lorsque je découvre un ouvrage bien écrit, prenant. Il y a tellement d’univers et de styles différents qui ne demandent qu’à se révéler !
  • La troisième raison est la liberté de ton employée par certains de ces auteurs. Ils sont seuls maîtres à bord. Pas de directives éditoriales, pas de censure… (bon, pour le pire comme pour le meilleur, il faut bien le reconnaître).
  • La quatrième raison rejoint la troisième : c’est l’occasion de tomber sur des œuvres originales qui n’auraient peut-être pas eu les honneurs d’une édition traditionnelle, faute d’un marché juteux à la clé.
  • La cinquième raison et pas la moindre, est l’accessibilité des auteurs. Peu ou pas connus, ils répondent volontiers aux messages qu’on leur adresse : quel bonheur d’échanger avec des gens passionnés !

Bref, n’hésitez pas à vous lancer dans ce genre de lectures, même si tous les auteurs ne sont pas talentueux (il m’est arrivé plusieurs fois d’abandonner un livre parce qu’il était écrit dans un terrible charabia ou de grincer des dents face à une orthographe fantaisiste ou des tournures de phrases hasardeuses), même si tous ceux qui écrivent n’ont pas forcément des choses passionnantes à raconter (récemment, je suis tombée sur un récit qui débordait de haine, à un point tel que je n’ai pas pu le finir… ce sont les risques quand on sort des sentiers battus). Parfois, au détour d’une page, on rencontre un écrivain véritable, quelqu’un qui vous fait vibrer, rêver, réfléchir… dont les mots vous poursuivent longtemps après que vous les ayez lus. Quel dommage ce serait que de passer à côté !

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Passager de la nuit épisode 6 : les talents d’Emma

L’EPISODE PRECEDENT EST ICI

« Nathaniel ! Viens manger, mon garçon ! » Le petit arrive en courant. Il a six ans à peine et vit seul avec son grand-père. Le vieil homme est tout son univers. A la fois père et mère, il s’occupe de l’enfant depuis que les parents de celui-ci ont péri dans un tragique accident de voiture. Nathaniel les a presque oubliés… il était si petit quand les événements se sont produits !

Calepin d’Emma (extrait):

J’ai émergé de mon sommeil en pleine pénombre. Je ne sais pas combien d’heures se sont écoulées depuis qu’on m’a enfermée ici. Tout ce que je sais, c’est qu’il fait nuit. Mon dos me fait un mal de chien car je me suis endormie assise, sur le carrelage, dans un angle de la pièce. Il fait frais et je frissonne, regrettant de n’avoir emmené que mon petit gilet…
Tout est silencieux. Les employés sont sûrement tous partis. Suis-je seule ici ? Je me lève et je vais frapper à la porte. Puis je crie, toujours sans résultat. Un léger mouvement attire mon regard. Une caméra suit tous mes gestes depuis le haut du mur. Son oeil rouge clignote tandis qu’elle me guette. Il y a donc quelqu’un qui me surveille…
J’essaie de soulever une chaise pour la jeter sur cette maudite caméra et je m’aperçois que les meubles sont fixés au sol. Ils ont peur qu’on les leur chaparde ou quoi ? me dis-je avec un sourire amer. peu importe, il me reste une autre arme. Je me saisis de mon album et je le projette de toutes mes forces vers l’oeil indiscret. Au bout de la troisième tentative, j’ai la satisfaction de voir l’appareil se décrocher du mur avec un grésillement.
J’entends des pas dans le couloir. Une clé tourne dans la serrure et la porte s’ouvre enfin… Je prends mon élan et je fonce droit devant moi. Mon plan est simple : profiter de l’effet de surprise pour mettre l’intrus par terre et filer vers la sortie sans demander mon reste. Sauf que je me heurte à des muscles d’acier et que c’est moi qui me retrouve au sol.
Je lève les yeux. Une montagne humaine se tient devant moi. Un rectangle de plastique épinglé sur son veston me renseigne sur son nom et sa profession.
-Tom ? lui dis-je en me relevant aussi dignement que possible. Auriez-vous la gentillesse de me laisser passer ?
Il a un sourire bref, mais c’est une autre voix qui me répond, celle de Nathan Merry :
-Je suis navré mademoiselle Le Verdier… Nous aimerions vous garder parmi nous encore quelques temps. Veuillez nous excuser pour cette longue attente. Je vous ai fait préparer une chambre. Si vous voulez bien me suivre.
Crâne chauve me précède, mais derrière moi, il y a l’imposant Tom. Aucune fuite possible ! Alors, en soupirant, je le suis docilement.

Sa petite main glissée dans celle de son grand-père, Nathaniel s’en va à l’école. Il aime bien ce moment de complicité au cours duquel son aïeul lui apprend la nature : le nom des plantes, celui des arbres, reconnaître le chant des oiseaux… L’enfant est heureux. Il voudrait que ces instants durent toujours, mais le vieil homme, immanquablement, le dépose dans la cour de récréation. Le gamin le regarde s’éloigner et pour lui commence l’attente, celle de la sonnerie qui marquera la fin de la journée de classe.

Rapport 003 :

Le sujet ne supporte pas l’enfermement et montre une certaine violence. Instaurer un climat de confiance permettrait sans doute à ses dons de s’exprimer.

Calepin d’Emma (Extrait) :

Crâne chauve ne m’a pas menti. Il m’a effectivement conduite dans une chambre. Il n’y a pas plus de fenêtre ici que dans la salle que je viens de quitter, mais au moins c’est confortable. En plus du lit et de la table de chevet, je dispose d’une armoire, d’une salle de bain avec sanitaires et… d’un formidable atelier de peinture. Il est spacieux, généreusement fourni en matériel et en éclairage : mon rêve depuis toujours…
J’effleure les pinceaux, les tubes de peinture. Je souris… c’est plus fort que moi. Je suis comme une gamine qui découvre ses cadeaux au matin de Noël. Le vieux renard l’a bien vu. Il se frotte les mains tout content.
-Vous allez pouvoir vous remettre au travail, me susurre-t-il.
Je me retourne bouche bée :
-C’est pour ça que vous m’avez enlevée ? Pour que je peigne pour vous ?
-Enlevée ? Le terme est un peu fort, proteste-t-il. Nous voulions juste nous assurer de votre collaboration !
Tu parles oui, en m’enfermant ! Je retiens les répliques qui voudraient jaillir. Je préfère le laisser croire qu’il m’a amadouée et dès que sa vigilance aura baissé, je lui souhaiterai bon vent !

Rapport 004 :

Le sujet accepte enfin de coopérer. Il lui faudra peut-être encore quelques jours pour s’adapter et laisser libre cours à sa créativité…

D’ordinaire, le jeudi est le jour que Nathaniel préfère. C’est le moment des parties de pêche, des balades dans les bois ou de la chasse aux escargots… mais ce jeudi-là est gris. Et jamais l’enfant ne l’oubliera. Ce matin, son grand-père ne s’est pas levé. Le gamin a attendu près d’une heure qu’il vienne déjeuner. En vain. Alors, il a fini par monter timidement pour aller le réveiller. Mais le vieil homme ne s’est pas réveillé, pas même quand il l’a secoué de toutes ses forces. Il ne se réveillera jamais plus.

Calepin d’Emma (Extrait) :

Malgré l’ambiance, malgré l’endroit, dès que j’ai eu le pinceau en main, la magie a opéré. Le visage de l’homme dans l’ombre est apparu. Pour une fois, il n’est pas seul. Sous mes doigts, une deuxième silhouette s’esquisse. Je peins un long moment, mais je dois m’arrêter, épuisée.
Crâne chauve est venu voir mon travail. il avait l’air très content. Quand j’ai grommelé que je n’aimais pas qu’on regarde mes tableaux avant qu’ils ne soient terminés, il n’a pas insisté et est reparti. Il fait des efforts pour me mettre à l’aise. J’obtiens tout ce que je veux : nourriture, matériel… sauf l’essentiel, ma liberté. Combien de temps encore, vont-ils me garder ?

Rapport 005 :

Le sujet est de nouveau en contact avec l’entité. La prochaine toile devrait être riche en informations.

Nathaniel ne pleure pas tandis que le cercueil est recouvert de terre. Il s’enfonce les ongles dans la paume de la main, jusqu’au sang et il se fait une promesse : lui ne finira pas comme ça. Il ne mourra pas. Il déteste la mort. Il lui échappera, par n’importe quel moyen.

Calepin d’Emma (Extrait) :

Quand j’ai senti l’inspiration qui faisait son chemin en moi, j’étais toute joyeuse. J’ai vidé mon esprit de tout ce qui n’était pas peinture et ma main a couru sur la toile. La deuxième silhouette prenait forme. Elle faisait face à l’homme de l’ombre, dans une attitude défensive. Plus petite, mais néanmoins tout aussi masculine, elle semblait presque l’implorer.
Sans savoir pourquoi, elle me semblait familière. Etait-ce la posture ? La façon de jeter son épaule en arrière ? J’avais une impression de déjà vu. Puis je suis arrivée au visage et tout s’est éclairé. Cet air buté, ce regard attentif, cette bouche qui hésitait à chaque instant entre sourire et moquerie, je les aurais reconnus entre mille ! C’était Gaël.
Crâne chauve entre à ce moment-là et considère mon oeuvre en silence. Il échange un regard avec Tom qui le suivait et toujours sans dire un mot, ils sortent précipitamment. Je ne comprends rien à la scène qui vient de se jouer devant moi…. mais j’ai la certitude que mon ami coure de graves ennuis !

A SUIVRE 

Mon roman et moi : un départ atypique

J’aurais pu, j’aurais dû commencer l’écriture de mon roman sur une idée géniale…  Une histoire qui m’aurait réveillée la nuit, m’obsédant jusqu’à ce que j’entreprenne de l’écrire. Mais il en a été tout autrement. Au départ, je voulais simplement tester la fiche personnage que j’avais imaginée. Emportée par mon enthousiasme, j’ai créé de nombreux personnages en connexion les uns avec les autres. L’histoire de mon roman s’est alors dessinée peu à peu, autour d’eux.

Je devrais plutôt dire qu’elle s’est dessinée dans les grandes lignes (je ne suis pas certaine d’avoir terminé son élaboration, loin de là). Je me demande si ce n’est pas un départ bancal (mais existe-t-il de « bons » départs ?). Bien sûr, j’étoffe mon sujet au fil des mots. Mes personnages m’y aident bien d’ailleurs, car chacun d’eux a une histoire qui alimente le roman. Mais il me devient de plus en plus difficile de ne pas m’emmêler dans tous ces destins et dans la chronologie des faits.

Si vous êtes auteur de roman(s) et que vous passez par ici, n’hésitez pas à venir me raconter comment vous avez démarré votre travail d’écriture, par quoi avez-vous commencé ?

Passager de la nuit épisode 5 : Gaël

LE PRECEDENT EPISODE ICI

« Allô ? Emma ? C’est Gaël ! Qu’est-ce que tu fiches, bon sang ? Décroche ton téléphone ! J’espère pour toi que tu n’as pas oublié de le recharger… ça ne m’étonnerait pas de toi ! Si ce n’est pas le cas, sois mignonne : passe-moi un coup de fil pour me rassurer. Et puis, même si je ne suis pas fan des bonshommes qui font la tronche dans un coin d’ombre, j’aimerais bien savoir ce qu’il en est de ta peinture ! Comment s’est passé ce second entretien ? Ils vont t’aider ou pas ? Rappelle-moi Choupette ! Bisous… »
Je raccroche en souriant. « Choupette »… elle a toujours eu horreur de ce surnom. C’est sa soeur qui le lui avait donné. Choupette, c’était le nom du caniche de monsieur Duriol, tout au bout de notre rue. Un animal qui subissait les excès de sa maîtresse sans enfants, laquelle comblait ainsi un vide. La pauvre bête était toujours tondue de manière excentrique, portait des colliers, des manteaux ou même des chapeaux ridicules. Parfois, le toiletteur poussait le zèle jusqu’à lui faire une teinture… Ah, le fou rire que nous avions piqué tous les trois en découvrant un caniche rose, paré de rubans et de dentelles ! Paty, la soeur d’Emma, qui n’appréciait pas d’avoir en permanence sa cadette dans les jambes l’avait donc surnommée ainsi… Celle-ci en avait été tellement contrariée que le petit nom lui était resté.
Elle a bien grandi depuis ! Enfin, physiquement parce que pour le reste, rien n’a changé. Elle est arrivée chez moi il y a à peine deux jours et l’appartement est sans dessus dessous ! Plus désordonnée que cette fille, ça n’existe pas ! Pour m’occuper les mains et l’esprit, je commence à ranger tout ce qu’elle a laissé traîner : vêtements, chaussures qui gisent sur le canapé, sur et sous les chaises, partout où mon regard se pose…
Mais comme diversion, c’est plutôt loupé. En saisissant un de ses chemisiers, je sens son parfum envahir mes narines. Elle avait rendez-vous ce matin, nous sommes au milieu de l’après-midi et je suis toujours sans nouvelles. Ce n’est pas normal : elle devrait être revenue ! Même s’ils l’avaient retenue, elle aurait pris la peine de me prévenir. J’attrape de nouveau le téléphone.
« Allô ? Emma ? C’est encore moi… Appelle-moi d’urgence tu veux ? Si je n’ai pas de nouvelles de toi dans l’heure qui suit, je préviens la police ! Alors ma vieille, si tu n’es pas coincée quelque part sans ton téléphone, t’as intérêt à trouver le moyen de me faire savoir que tout va bien ! Je ne bouge pas d’ici et j’attends ton appel. A plus tard ! Bisous ! »
Une heure ? Qu’est-ce qui m’a pris de dire une chose pareille ? Je tourne comme un lion en cage. J’ai le sang qui bouillonne. J’ai horreur d’attendre et attendre dans l’inquiétude, c’est pire que tout ! Emma va penser que je suis cinglé. J’aurai de la chance si elle ne m’envoie pas sur les roses. De quel droit je lui demande des comptes ? Quand nous étions gosses, c’était plus simple. Elle en pinçait pour moi et tout ce que je disais était parole d’évangile… celle qui m’intéressait à l’époque, c’était Paty. Mais je l’aimais bien ma Choupette et je la laissais s’accrocher à moi.
A l’adolescence, elle avait fini par prendre son indépendance. J’avais eu envie de casser la figure au premier garçon avec lequel elle était sortie, puis au second, puis à tous les autres… Elle ne me regardait plus de la même manière. Non, c’était plus simple que ça : elle ne me regardait plus du tout. Pire, elle avait commencé à prendre ses distances, ne me saluant plus que de loin. Quand Paty était partie étudier à l’Université et m’avait oublié à son tour, notre trio était mort depuis longtemps.
Je jette un coup d’oeil à la pendule : l’heure est très largement écoulée. J’en suis certain maintenant. Il est arrivé quelque chose à Emma. Je fais le tour des options qui s’offrent à moi : d’abord prévenir sa famille… Facile ! Emma a laissé son agenda, j’ai tous ses numéros. J’essaie d’abord chez sa mère… mais évidemment sans succès. Madame Le Verdier, depuis que ses filles sont assez grandes pour se prendre en charge, passe son temps à voyager. Je tombe sur une messagerie électronique.
Il ne me reste que Paty. Voilà des années que nous n’avons eu aucun contact. Elle est sortie de ma vie sans que je ne m’en aperçoive. Ni fâchés, ni tristes, nous nous étions séparés pour vivre chacun de son côté. Mais je me sens un peu coupable de n’avoir jamais pris de ses nouvelles. J’espère seulement qu’elle ne va pas me raccrocher au nez.
Au bout de quelques sonneries, j’entends enfin sa voix… sur son répondeur. Je repose le combiné, furieux. Qu’est-ce que c’est que cette famille ? Aucune d’elles ne sait donc répondre à un appel ? C’est à croire que le problème est génétique… J’ai épuisé toutes les solutions. Il ne m’en reste qu’une : la police !
… La conversation n’a pas duré plus de cinq minutes. Je ne suis pas de la famille, Emma est majeure et elle n’a pas disparu depuis plus de quarante-huit heures. On ne peut rien faire pour moi.
Qu’est-ce qu’il leur faut ? Un cadavre ? Je ne décolère pas… Il faut que je la trouve et que je m’assure qu’elle va bien. Je vais commencer par aller à l’endroit où elle avait rendez-vous. Comment est-ce que ça s’appelait déjà ? La compagnie d’entraide ou un truc comme ça… Ah, non, ça me revient : c’était un comité ! Hélas, dans l’annuaire, des comités, il y en a des tonnes. Je vais dans la chambre d’Emma chercher des indices. Et là, Bingo ! Cette tête de linotte a oublié sa lettre de convocation. Je note l’adresse et je sors en coup de vent.
« 3 impasse Saint Martin »… c’est ici. Impressionnant ce bâtiment avec son hall tout en verre et les dizaines de caméras qui balaient l’entrée. L’hôtesse à l’accueil est réellement charmante, mais elle prétend ne pas avoir vu Emma… En fait, elle ne sait même pas de qui je parle. Je ne suis pas patient et puis l’angoisse m’étouffe. Alors, j’explose. Résultat immédiat. Un gars en costume arrive aussitôt. Il porte un badge où il est écrit : » Tom, Sécurité ». C’est un vrai malabar, il pourrait me jeter dehors en un clin d’oeil, mais il m’écoute poliment.
« Vous voulez parler de mademoiselle Le Verdier ? me dit-il. Un instant, je vais aller me renseigner. » Il réapparait au bout de quelques instants, flanqué d’un homme au crâne rose et luisant. Il se présente. Il préside le comité et c’est lui qui a reçu Emma. Il s’étonne que celle-ci ne m’ait pas prévenu. Elle est partie préparer son expositions avec une équipe de professionnels, mandatés par le CEMJE… Je ne dois pas m’inquiéter, ce sera l’affaire de deux ou trois jours. Il lui fera savoir que je suis passé.
Je me demande si j’ai vraiment l’air d’être un crétin. Est-ce qu’il s’imagine que je vais gober ça ? Pourquoi Emma serait-elle partie si vite, sans rien dire et surtout, en laissant toutes ses affaires ? Je lui dirais bien ses quatre vérités, mais je n’aime pas du tout l’expression du visage de Tom. Une expression dure et menaçante… Je me force à sourire, je remercie. Puis je me sauve.
Je rentre chez moi, je m’enferme à double tour, les tempes pressées entre mes doigts. Que faire ? Je crois que la pauvre Emma n’a jamais quitté le bâtiment du comité… Ces types sont louches. Ils me cachent quelque chose. D’ailleurs, à bien y réfléchir, je ne vois pas pourquoi le président se serait déplacé en personne.
La nuit est tombée, mais il n’est pas question que j’aille me coucher. Il faut que j’aille secourir Emma. Mais comment ? Je m’imagine, montant une opération commando pour la sortir de là… puis je chasse cette idée ridicule. Un bruit dans ma chambre me fait sursauter. Quelqu’un est entré chez moi. J’avais raison de penser qu’il se tramait un complot. J’attrape une statuette en bronze, un souvenir de mon oncle Félix, puis je me dirige dans le noir en suivant les murs.
Un sourire m’étire les lèvres en songeant au plaisir que j’aurai à assommer cette ordure de Tom….

A SUIVRE

 

Prendre des notes : une habitude utile quand on écrit.

Ne vous est-il jamais arrivé d’avoir une idée géniale de texte qui vous traverse l’esprit ? Une réplique cinglante ou un joli jeu de mots… et que cette belle idée s’évapore brusquement, ne vous laissant que le regret de l’avoir oubliée ? C’est pourquoi j’ai toujours de quoi noter sous la main : un carnet dans mon sac à main, un calepin dans le tiroir de ma table de chevet et des post-it un peu partout. On peut aussi faire le choix de prendre ses notes sur une tablette ou un téléphone (oui, la technologie peut avoir son intérêt parfois).

Que faut-il noter ? J’aurais tendance à dire : tout. Les idées les plus farfelues ne sont pas toujours exploitables, mais elles peuvent conduire à d’autres pensées, vous inspirer de nouvelles histoires, des personnages, des lieux plein de charme et de piquant. Une idée, c’est un message de votre inconscient et si celui-ci contient un inextricable bazar (le mien est particulièrement encombré), il y a forcément quelques perles à en extraire.

Cela demande un petit effort dans les premiers temps, d’une part parce qu’il faut en faire une habitude et prendre la peine de faire une pause pour écrire (de façon lisible et intelligible) la précieuse pensée dont on veut garder une trace et d’autre part, parce qu’il faut de temps en temps relire ses notes, histoire que ça serve à quelque chose.

Pour conclure, le jeu en vaut la chandelle : qui sait si le petit calepin où vous prendrez vos notes ne contiendra pas l’idée du siècle ? (ou au moins, celle de l’année, soyons modestes !)

Passager de la nuit épisode 4 : la rêveuse

LE PRECEDENT EPISODE SE TROUVE ICI

J’ai définitivement perdu le compte des jours, donc appelons-le
le Jour 1
Des sanglots m’ont réveillée. Je n’étais plus dans ma chambre et j’ai senti qu’on me portait. J’ai d’abord eu un sursaut de panique avant de voir son visage et de le reconnaître. C’était lui, mon visiteur nocturne… J’ai poussé un soupir de soulagement avant de me demander pourquoi il pleurait. Mais mon souffle m’a trahi une fois de plus et les pleurs ont instantanément cessé.
Il m’a serrée plus fort contre lui et a continué sa course. Le paysage défilait aussi vite que si nous étions dans une voiture… une voiture lancée sur l’autoroute ! J’ai fermé les yeux, puis j’ai posé ma joue contre son torse. Son coeur battait régulière et malgré l’effort , ne marquait pas la moindre accélération.
Nous avons traversé un parc, du moins me sembla-t-il. Il faisait nuit, j’avais du mal à distinguer ce qui se trouvait autour de moi. Lui, avançait sans hésitation. Peut-être connaissait-il la route par coeur ou alors, il voyais dans l’obscurité mieux que je ne le faisais. Il m’a emmenée dans une vieille demeure. Les volets étaient clos, elle semblait inhabitée, mais il a sorti une clé et nous sommes entrés…
L’intérieur était confortable et décoré avec goût… presque luxueux car certains meubles, certains objets semblaient anciens et hors de prix. Il a souri devant mon étonnement et m’a posée sur une magnifique bergère. Puis il a allumé le lustre et je n’ai pu retenir un cri d’admiration. Que cette pièce était belle ! Les murs étaient couverts de dessins au pastel et au fusain ravissants.
Il m’a prise par la main et m’a entraînée à l’étage où une chambre m’attendait… une chambre, que dis-je ? Une suite : avec salon et salle de bain !Il n’a pas prononcé un mot, mais a caressé ma joue très tendrement. J’ai attendu le coeur battant qu’il m’embrasse, mais ses lèvres ont juste effleuré mon front. Puis il s’est éclipsé et m’a laissée seule avec ma déception.

Jour 2 :
J’ai voulu ouvrir les volets de ma chambre ce matin, mais ils sont scellés… ainsi que tous ceux de la maison, comme j’ai pu le constater ensuite. En m’entendant m’acharner sur les fenêtres, il a surgi comme un fou et m’a poussée si fort que je suis tombée. Que voulait-il me cacher ? Je lui ai posé la question avec fureur et il a secoué la tête tristement.
Avec douceur, il a saisi mes doigts et m’a invitée à le suivre. J’étais encore fâchée de sa brusquerie, mais ma curiosité a été la plus forte et je lui ai emboîté le pas. Arrivés dans la cuisine, il s’est posté devant une des fenêtres. Les volets y étaient un peu disjoints, permettant à un fin rai de lumière de s’y glisser. Il a tendu la main et j’ai vu avec horreur sa peau se courir de cloques, là où la lumière la frappait.
J’ai compris alors pourquoi les volets étaient clos, pourquoi il se complaisait dans l’obscurité et pourquoi il préférait la nuit. J’avais déjà entendu parler de ces gens qui ne supportaient pas la lumière du soleil, souffrant d’une maladie appelée porphyrie congénitale. C’était la première fois que je rencontrais une personne victime de ce mal.

Jour 3 :

Que lui arrivait-il ? J’avais l’impression qu’il m’évitait… Le baiser qu’il m’avait donné dans mon appartement était resté désespérément esseulé. C’était tout juste à présent, s’il daignait poser ses lèvres sur ma joue ou sur ma main. On aurait presque dit que je le dégoûtais et qu’il regrettait ma présence.
Il ne me parlait pas non plus et ses yeux ne se posaient jamais sur moi ou alors brièvement et sans s’attarder. Se rendait-il compte du mal qu’il me faisait ? J’errais ici comme une âme en peine. Mon coeur débordait de chagrin. Sotte que j’étais, j’avais cru qu’il m’aimait que que c’était pour ça qu’il m’avait enlevée. Mais je découvrais soudain que je lui étais indifférente et les questions continuaient à me tarauder : Pourquoi ? Que me voulait-il donc ? Se plaisait-il à me faire souffrir ?
Les larmes coulaient sur mes joues. Je m’assis à même le sol, m’abandonnant complètement à ma peine. Je me sentais honteuse aussi d’avoir pris mes désirs pour des réalités. J’essuyai mon visage d’un revers rageur de la main. En pure perte car la source refusait de se tarir. J’entendis ses pas derrière moi, je devinai sa présence sans pouvoir m’arrêter de pleurer. L’humiliation était totale.
Dans un sursaut d’orgueil, je me suis tournée vers lui pour qu’il contemple les ravages dont il était responsable. Il avait l’air horrifié, blessé… « Tant mieux ! » me suis-je dit avec un peu de rancune. Pourtant, la seconde suivante ce sentiment s’était envolé tandis que je me retrouvai dans ses bras et qu’il me couvrait de baisers.

Jour 4 :

J’étais blottie dans ses bras, mon visage enfoui dans son cou quand il a commencé à parler. C’était le première fois que j’entendais le son de sa voix ailleurs que dans ma tête. Il avait un petit accent, slave peut-être, et une intonation grave et veloutée qui me charmèrent aussitôt.
Enfin, il se racontait ! Il s’appelait Thibault. Il n’était pas malade… enfin, pas comme je le croyais. Il était seulement très âgé, même s’il ne le paraissait pas. Cependant, le temps avait si peu de prise sur lui qu’il ne savait pas depuis quand il marchait dans ce monde. C’était incroyable, mais le plus stupéfiant, c’est que je le crus. Il parla longtemps de ce qu’il appelait sa maladie, de sa solitude, de son errance et de la façon dont il se nourrissait?
Il était tout pétri de remords, pour avoir pris tant de vies afin de sauver la sienne, pour avoir parfois dépeuplé des villages entiers (ce qu’on avait alors mis sur le compte de la peste) et surtout, pour n’avoir pas pris la mienne… Comme je m’apprêtais à protester, il couvrit ma bouche avec sa main pour m’expliquer : « Je ne suis pas allé au bout du processus avec toi et je t’ai condamnée à la même misérable existence que moi… par pur égoïsme, parce que je t’aime. J’aurais dû rester à l’écart, ne jamais t’approcher, mais je n’ai pas pu. Tes rêves étaient puissants, si puissants ! Ils m’appelaient irrésistiblement. Quand tu as commencé à rêver de moi, j’ai su que j’étais perdu. »
C’était stupide. Moi j’étais heureuse de partager son sort. Il me demanda ce que je ressentirais quand il me faudrait à mon tour tuer pour survivre car, disait-il, ceux que nous ne tuerions pas deviendraient comme nous et ce serait risquer la contagion. Je m’en moquais. S’il fallait ôter des vies, nous n’aurions qu’à rôder autour des prisons et nous en prendre aux assassins. Je l’aimais tant que cela ne me gênait pas de devenir un vampire, un démon ou… une buveuse d’âme, ainsi qu’il se nommait lui même. Du moment que nous restions ensemble, le reste importait peu. De toutes manières, il ne servait à rien d’en discuter puisque ma transformation avait déjà commencé.

A SUIVRE…

Mon roman et moi…

Voilà quelques années, j’ai entrepris l’écriture d’un roman… Un exercice dans lequel je n’ai guère d’expérience, je suis plutôt auteur de contes et de nouvelles. Seulement, à ce jour, après de multiples faux départs, des ajouts, des coupes franches, des remaniements en tous genres, mon travail n’avance pas vraiment.

J’ai quelques excuses, car ma vie personnelle depuis un peu plus d’un an, m’a légèrement freinée dans mes projets d’écriture (le décès brusque de ma meilleure amie, la procédure de FIV [fécondation in vitro], mes différentes hospitalisations au cours de ma grossesse, puis au final la naissance de mes enfants [oui, ce sont des jumeaux])…

J’ai décidé de repartir sur de nouvelles bases : un nouveau blog (le précédent ne m’inspirait plus… je le tenais depuis 2009), un retour aux concours littéraires, une reprise de mes habitudes d’écriture (écrire un texte par jour) et donc, parvenir enfin, à achever mon roman.

C’est pourquoi je publierai régulièrement des articles sur le cheminement de ce long travail, pour vous parler de mes astuces, de mes difficultés et échanger avec vous sur votre propre façon de travailler en écriture. Tout conseil est bon à prendre : n’hésitez pas à m’en laisser en commentaires!

Passager de la nuit épisode 3 : Thibault

Le précédent épisode se trouve ici

Première nuit :

J’ai perdu le fil du temps. Un effet de la maladie sans doute. Je me suis éveillé seul, au milieu de la nuit, sous la tente dressée à la hâte pendant la bataille. Au début, on y avait soigné les blessés, mais bientôt, c’était les malades qui avaient afflué et les clameurs du combat avaient peu à peu cessé.
Le mal qui rongeait les nôtres était étrange. Il frappait toujours la nuit, des hommes en apparence bien portants. Au bout de quelques jours, ils perdaient goût à la vie et restaient prostrés sur leurs couches, puis ils cessaient de s’alimenter… Ils pâlissaient, mais ne périssaient point. Pas tout de suite du moins. Leurs yeux ne supportaient plus la lumière du jour et leur peau se couvrait de cloques rouges dès qu’on les exposait au soleil.
Le fléau était contagieux, très contagieux. Il ne resta bientôt plus un seul médecin vaillant. Le plus étrange, c’était le silence qui régnait sur le camp. Pas l’ombre d’une plainte ou d’un gémissement, pas le moindre murmure. C’est dans cette ambiance que je m’étais assoupi… ou que j’avais sombré dans l’inconscience, je ne sais pas trop…
J’ai fini par sortir de mon sommeil et j’ai constaté que les autres, tous les autres, étaient morts. Certains avaient même essayé de se traîner à l’extérieur et leur peau avait été brûlée par l’éclat du jour. Je ne pouvais pas rester là, au milieu des cadavres. Certes, je me sentais faible, mais je suis parti, profitant de la fraîcheur nocturne.

Deuxième nuit :

J’ai trouvé un abri dans les bois. Je me suis terré comme un animal, au fond d’un trou que j’ai dissimulé avec des branchages. Je suis resté là toute la journée, frémissant à l’idée qu’un rayon de soleil pourrait venir me frapper et je n’ai pas réussi à trouver le sommeil. Tout engourdi, j’allais sortir de ma cachette pour poursuivre mon périple lorsque j’ai entendu des voix.
J’ai jugé plus prudent d’attendre avant de me montrer et j’ai bien fait. C’était une bande de pillards dépenaillés. Ils avaient dû passer ces derniers jours à dépouiller les cadavres laissés sur le champ de bataille. Ces charognards m’inspiraient le plus grand dégoût, mais ils étaient nombreux et armés, tandis que moi, j’étais seul et pas au mieux de ma forme.
J’ai donc patienté pendant qu’ils mangeaient et qu’ils échangeaient boissons et plaisanteries grivoises… puis ces rustres ont fini par s’endormir, ronflant comme les ivrognes qu’ils étaient. Une certaine excitation s’empara de moi : j’allais pouvoir sortir ! Mais il faudrait que je prenne soin de ne pas les réveiller.
Prudemment et sans un bruit, j’ai déblayé les branches. Mes jambes flageolaient, j’avais le tournis, mais j’ai réussi à m’extirper de mon trou et c’est là que c’est arrivé… J’ai vu ces images dans ma tête. Des femmes lascives, des alcools forts et de la nourriture à profusion. Une vague de plaisir m’a envahi. Je n’osais comprendre… Ce n’était pas mes pensées. Ce rêve là ne m’appartenait pas : il venait de l’homme le plus proche. C’était comme si j’étais entré dans son esprit pour m’emparer de ses songes.
Il ne m’a pas fallu longtemps pour m’apercevoir que je retrouvais mes forces, comme après une bonne nuit de sommeil ou un bon repas. Le rêve de l’homme me nourrissait. Je suis resté près de lui à écouter les divagations de son cerveau. Mais alors que j’y puisais de l’énergie, lui semblait s’étioler. Sa peau pâlissait à vue d’oeil… ensuite, elle se mit à flétrir et il cessa de respirer, vidé de sa dernière étincelle de vie.
J’entrevis alors la nature du mal qui nous avait frappés, mes compagnons et moi… puis je décidai de rester sur place jusqu’au lendemain soir.

Septième nuit :

La bande de pillards a été décimée… Voilà mes compagnons vengés, car je suis sûr que ces bandits ne se sont pas privés de les détrousser. Et puis, je me sens fort à présent. Plus fort que je ne l’aie jamais été. La preuve, c’est que je me déplace à une vitesse folle. J’ai traversé la forêt pourtant épaisse, en moins d’une heure et couvert la distance qui me séparait du premier village en un temps record.
Mon nouveau refuge est un grenier, au dessus de la demeure la plus cossue. Allongé sur le plancher, je me lance à l’écoute des habitants et je saisis les bribes d’un premier rêve. Les yeux fermés pour mieux savourer mon plaisir, je commence à m’en repaître avec la pensée satisfaisante que je ne suis pas près de mourir de faim…

A SUIVRE 

Passager de la nuit épisode 2 : Emma

Vous pouvez lire l’épisode précédent ici :épisode 1

 

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Rapport 0001 :

Nom : Le Verdier
Prénom : Emma
Age : 20 ans
Profession : Etudiante aux Beaux-Arts
Note : Sujet intéressant présentant des dons paranormaux évidents.

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Paris, le 26 avril 2010,

Comité d’entraide et de mécénat pour les jeunes espoirs
3 impasse Saint-Martin
75018 Paris

Mademoiselle,

Nous avons le plaisir de vous annoncer que vos talents ont retenu l’attention de nos généreux donateurs. Votre peinture a su toucher leur sensibilité et nous serions très heureux de vous recevoir dans nos bureaux pour discuter de votre avenir.
Notre comité dispose de moyens conséquents, tant matériels que financiers et se fait fort de lancer votre carrière, si vous choisissez d’accepter notre aide.
Nous vous attendons donc dans nos locaux à 8h30, le lundi 03 mai.
Bien cordialement,

Le président du comité,
Nathan Merry.

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Montoire, le 27 avril 2010

Cher Gaël,

Je viens de recevoir une lettre fabuleuse ce matin ! Quelqu’un a remarqué mon travail, enfin ! Toi qui disais que mes tableaux noirs et tortueux n’attireraient jamais personne ! J’ai bien l’impression que ces gens-là (c’est un comité pour aider les jeunes) vont me donner un petit coup de pouce pour monter ma première exposition… C’est chouette non ?
Bon, il n’y a qu’un tout petit souci, mais justement, tu peux peut-être m’aider. Ce comité se trouve sur paris. Pourrais-tu m’héberger quelques jours, toi qui vis sur place ? Tu ferais bien ça pour une vieille copine… Je te donne mon numéro de portable. Réponds-moi vite s’il te plait !

Gros bisous mouillés,

Emma

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« Vous êtes bien sur le répondeur d’Emma Le Verdier, mais je ne suis pas disponible pour le moment. Veuillez laisser un message après le bip sonore. C’est à vous !
Bonjour ma vieille ! C’est Gaël. Franchement tu exagères : tu pourrais au moins répondre au téléphone ! Pour l’hébergement, pas de souci. Tu peux rester jusqu’à la semaine prochaine, mais pas plus longtemps. Après, ma copine revient. Elle va piquer une crise si elle te trouve chez moi. Bisous ! »

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Calepin d’Emma (extrait) :

Gaël est un chic type. Il m’a accueillie à bras ouverts dans son appartement. Il n’en revient toujours pas qu’on veuille exposer mes tableaux. Quand je lui ai fait remarquer que c’était vexant, il a rigolé. Il m’a dit qu’il ne mettait pas en doute mes talents, mais que c’était le sujet de mes toiles qui le dérangeait.
C’est vrai qu’elles sont terriblement sombres… mais je ne suis pas capable de peindre autre chose. Quand je saisis mes pinceaux, c’est comme si une autre volonté m’habitait. Elle guide ma main, elle trace les traits, choisit les couleurs et au bout du compte, c’est toujours le même visage tourmenté qui surgit : celui de l’homme dans l’ombre. A part les tous derniers tableaux qui représentent une jeune fille pâle et triste. Bref, ce n’est pas plus gai que d’ordinaire. Bon, je file me préparer, le rendez-vous est dans une heure… J’ai le trac !

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Poste de surveillance du CEMJE :

Monsieur Merry ? C’est Tom de la sécurité. Elle est là !
-Bien, merci Tom. J’arrive.

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Calepin d’Emma (extrait) :

Un type au crâne chauve est venu me chercher et m’a menée jusqu’à son bureau. J’ai compris que c’était lui le président du comité. Moi qui m’attendais à être reçue par une secrétaire… Il était très aimable, souriant, mais je ne sais pas pourquoi, j’étais mal à l’aise. Je n’ai pas réussi à me détendre, pas même quand il m’a complimentée sur ma peinture. Il semblait fasciné par l’homme dans l’ombre. Il voulait savoir si je le connaissais. Si c’était quelqu’un qui posait pour moi. Lorsque je lui ai dit qu’il sortait tout droit de mon imagination, il m’a fait un sourire tout en dents qui m’a fait froid dans le dos. En dehors de ça, l’entretien s’est bien passé. Je dois revenir demain avec les photos de tous mes tableaux que j’avais oubliées comme une idiote, chez Gaël.

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Rapport 002 :

Le sujet n’a pas conscience de ses dons de médium. Il serait bon de l’isoler pour l’étudier de manière plus approfondie.

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Calepin d’Emma (extrait) :

J’ai fêté ma victoire avec Gaël. Quand je lui ai avoué que j’avais oublié les photos, il s’est payé ma tête. Je l’aime bien Gaël… dommage qu’il ne me voie que comme une amie ! Nous avons vidé à nous deux une bouteille de clairette de die. Je suis allée me coucher en espérant me réveiller à peu près fraîche le lendemain.

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Calepin d’Emma (extrait) :

On m’a fait entrer avec mon album de photos sous le bras, dans une grande pièce blanche sans fenêtres. Rien de commun avec le bureau de crâne chauve ! J’ai d’abord cru qu’il s’agissait d’une sorte de salle d’attente. Mais au bout d’une heure, quand fatiguée de patienter, j’ai voulu sortir pour voir si on ne m’avait pas oubliée, j’ai constaté que la porte était fermée à clé. J’ai cogné, j’ai crié. J’ai fait un tel tapage qu’ils n’ont pas pu ne pas m’entendre. Personne n’est venu.
Je suis prisonnière. Je sens la panique qui monte. Dans quel traquenard suis-je venue me fourrer ? Je me raccroche à une lueur d’espoir : Gaël. Il sait que je suis ici. Il va s’inquiéter et venir me chercher. Je m’assieds dans un coin et mon album serré sur mon coeur, je recommence à attendre.

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A SUIVRE 

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